mercredi, 11 mars 2009

Une nouvelle à découvrir

 

LA FEMME CHANGEE EN RENARD

Voici un extrait du livre de David Garnett (Lady into Fox), mais je tiens à préciser que cet extrait n'est absolument pas fidèle, car je me suis amusée à changer la focalisation du narrateur.

 

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Richard poussa la porte. Il tenait un plateau chargé de thé et balaya la pièce du regard. Il paraissait bien plus grand, bien plus mince qu'auparavant. C'était devenu un géant. Avant qu'il n'entrât, j'avais profité de son absence pour enfiler tant bien que mal ma robe de chambre. Je m'avançai vers lui, pour qu'il me voit. Ma robe trainait derrière moi. Bruit feutré sur le tapis de la chambre. Je me prenais les pieds dans le tissu de mon vêtement. Il appela doucement: "Silvia, Silvia! Que faites-vous là?" Mais il comprit vite que je n'étais pas satisfaite de la chemise de nuit dans laquelle j'étais. Tout était bien trop grand et disproportionné. Il sortit de l'armoire une petite matinée que j'aimais porter. Elle m'allait parfaitement à présent.

Si je n'avais pas eu envie de pleurer, j'aurais probablement ri du ridicule de la scène. Mais tout ce que je savais, tout ce qui était encore vrai, cette petite chose à laquelle je me raccrochais, était que le sentiment de pudeur ne m'avait quittée un seul instant. Je n'aurais pas supporter me mettre au lit entièrement nue, même si les poils me servaient désormais de parure. Il suffisait peut-être que je m'habitue, mais j'avais honte de ces poils. "Cela n'arrive pas qu'aux autres" aurais-je pu me dire, mais cette histoire me paraissait inédite, cela n'était même pas arrivé aux autres, me semblait t-il. Quel genre de femme pouvait être plus poilue qu'un mari? Un genre de femme qui n'en était pas un. Je n'étais plus une femme.

Richard m'installa dans le fauteuil et prîmes le thé ensemble. Garder les habitudes était encore la meilleure solution pour préserver une certaine décence. Il s'était si bien comporté face à cette situation. Il m'avait reconnue, m'avait prise dans ses bras et m'avait ramenée à la maison. Il aurait très bien pu se dire que ce n'était pas moi, que sa femme avait tout simplement disparu et il m'aurait laissé dehors avec les chiens. J'essayais tant bien que mal de me sortir de l'esprit toutes les questions angoissantes et pragmatiques que j'étais en droit de me poser dans un moment pareil. Richard était là, à mes cotés, il me regardait avec les mêmes yeux qu'avant et c'était après tout le principal. Mais il semblait malgré tout si malheureux que je ne pouvais pas me sentir autrement que comme un petit animal roux avec un museau, des pates, et une queue.

Tout s'était passé si vite. La promenade dans la forêt, les aboiements d'une meute, le cor d'un piqueur, le début de la chasse et ma soudaine impression de rétrécir, ma peau qui me grattait à mesure que les poils poussaient et la petite renarde que je suis devenue devant l'air effaré et impuissant de mon mari.

Nous nous mîmes au lit, serrés l'un contre l'autre. Il s'endormit en carressant ma fourure tandis que je priai pour retrouver à mon réveil mes jambes fines, ma poitrine et mes longs cheveux.

 

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