lundi, 20 avril 2009
Portraits de femmes
Il y a celles qui ressemblent à Méduse et celles qui sont les victimes.
Le manichéisme est-il omniprésent lorsqu'on veut décrire un personnage féminin de la littérature? Elle est ceci, elle est cela, elle se place à tel rang de la société, elle a mal agit, elle a eu raison, elle a eu tort. La description des hommes est peut-être moins tranchée, moins morale aussi (il s'agit là, bien evidemment juste d'une interrogation et nons, malgré la forme, d'une affirmation). A t-on vraiment dit de Julien Sorel qu'il était bon ou mauvais? N'y a t-il pas moins manichéen que le roman de Camus, L'Etranger? En effet, Le rouge et le noir et L'étranger ne se placent pas du tout sous le signe de la morale. Valmont n'est-il pas plus nuancé que Merteuil, à première vue? Adolphe n'a pas la position de pur bourreau, alors qu'Ellénore a celle de victime de façon absolue.
Attention, je ne prône absolument pas le manichéisme, je suis juste en train de m'amuser.Ce n'est pas non plus un sujet de bac et rassurez-vous, je ne jouerai pas les Castors!
Cherchons dans la littérature (au cinéma, par le biais de l'adaptation) qui sont les victimes et qui sont les bourreaux, parmi les femmes...
Nana du roman éponyme d'Emile Zola: photo du film de Jean Renoir
"Nana passait, pareille à une invasion, à une de ces nuées de sauterelles, dont le vol de flamme rase une province". Une femme démon, incarnant la décadence de toute une société, une rafale qui porte et emporte avec elle l'honneur de la gente masculine. Ce démon putain finit par tomber dans l'abyme. Avant de mourir, elle se repent. Du coté de Renoir, elle prend une dimension quasi christique en s'élevant à une dimension mystique et surnaturelle qui n'engage que le réalisateur.
Catherine du roman Jules et Jim de Henri-Pierre roché: photo du film de François Truffaut
"Catherine était contente du succès de sa ruse; Jules et Jim étaient émus comme par un symbole qu"ils ne comprenaient pas." Catherine est un désir à elle toute seule, son être ne fait qu'un avec ce qu'elle veut. Elle est ce qu'elle veut, mais son grand drame est de ne pouvoir avoir ce qu'elle veut. Elle finit par choisir le suicide et le meurtre, celui de Jim, en culbutant sa voiture du haut d'un pont en ruine. Femme démon, manipulatrice, elle se perd elle-même dans son jeu et dans le désespoir qu'elle cause.
Nadja du "roman" éponyme d'André Breton: photo d'un dessin de Nadja, issy du livre.
Je vois en Nadja une figure victime. Cela n'engage que moi. Breton a t-il fait un seul geste pour aider cette femme quand elle a été internée? Cette "créature magique", un peu Mélusine, un peu Marie-Antoinette, n'a t-elle pas été sacrifiée pour acquérir une dimension allégorique? "Nadja" est le nom qu'elle s'est choisi, en russe, ce nom est le commencement du mot "espérance". Une vision qui la mène directement au désespoir...
A noter: l'adaptation de Nadja au cinéma (produite par David Lynch) a fait du personnage surréaliste un vampire.
La Princesse de Clèves du roman éponyme de Madame de La Fayette: photo du film de Jean Delannoy
"M. de Nemours fut tellement surpris de sa beauté que, lorsqu'il fut proche d'elle, et qu'elle lui fit la révérence, il ne put s'empêcher de donner des marques de son admiration. Quand ils commencèrent à danser, il s'éleva dans la salle un murmure de louanges. Le roi et les reines se souvinrent qu'ils ne s'étaient jamais vus, et trouvèrent quelque chose de singulier de les voir danser ensemble sans se connaître. Ils les appelèrent quand ils eurent fini sans leur donner le loisir de parler à personne et leur demandèrent s'ils n'avaient pas bien envie de savoir qui ils étaient, et s'ils ne s'en doutaient point."
La pauvre princesse de Clèves n'a pas les traits d'un démon, au contraire. Elle peut être assimilée à une "presque-Madame-de-Tourvel". En effet, la citation est quasiment la même, une passion folle, sauf que dans Les liaisons dangereuses, Madame de Tourvel finit par céder, ce que ne fait pas la Princesse de Clèves. Les deux femmes auront pourtant le même sort, elles finiront par mourir au couvent. Comme quoi, l'avenir d'une femme est très dur, si celle-ci est touchée par une passion, assouvie ou non. Mais tandis que le vicomte de Valmont se "suicide" au cours d'un duel, M. de Nemours finit par oublier sa belle.
La Marquise de Merteuil du roman Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos: photo du film de Stephen Frears
A la fin du roman, la marquise est dévorée par la petite vérole, elle s'en remet, mais est défigurée. "Le Marquis de ***, qui ne perd pas l'occasion de dire une méchanceté, disait hier, en parlant d'elle, que la maladie l'avait retournée, et qu'à présent son âme était sur sa figure. Malheuresement tout le monde trouva que l'expression était juste."
Madame Bovary du roman éponyme de Gustav Flaubert: photo du film de Claude Chabrol
Bien que masculine, créee par la plume d'un homme ("Madame Bovary, c'est moi" dira Flaubert), cette femme connait le sort de nombreuses héroines de la littérature (certaines sont évoquées ici), elle se suicide avec en avalant de l'arsenic pour échapper à une société qui ne lui convient pas, et pour que son mari n'apprenne pas ses aventures.
La Présidente de Tourvel du roman Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos: photo du film de Stephen Frears
" (...) elle n’a point, comme nos femmes coquettes, ce regard menteur qui séduit quelquefois et nous trompe toujours. Elle ne sait pas couvrir le vide d’une phrase par un sourire étudié ; et, quoiqu’elle ait les plus belles dents du monde, elle ne rit que de ce qui l’amuse. Mais il faut voir comme, dans les folâtres jeux, elle offre l’image d’une gaîté naïve et franche ! comme, auprès d’un malheureux qu’elle s’empresse de secourir, son regard annonce la joie pure et la bonté compatissante ! Il faut voir, surtout au moindre mot d’éloge ou de cajolerie, se peindre, sur sa figure céleste, ce touchant embarras d’une modestie qui n’est point jouée. Elle est prude et dévote, et de là, vous la jugez froide et inanimée. Je pense bien différemment. Quelle étonnante sensibilité ne faut-il pas avoir pour la répandre jusque sur son mari, et pour aimer toujours un être toujours absent. "

Ellénore du roman Adolphe de Benjamin Constant: photo du film de Benoit Jacquot
Ellénore est sensible et meurt de peine d’amour. Allégorie de la fatalité, elle est le personnage romantique d’une victime de la passion. Certes, l’héroïne est elle-même victime de la fatalité (fatalité de la passion, fatalité sociale, fatalité des circonstances) mais elle apparaît bien plus comme une « élue du destin » pour porter malheur à Adolphe. A cet égard, un trait frappant chez l’héroïne est son évolution. « Elle était douce, elle devient impérieuse et violente. » En effet, de victime de la société, elle devient geôlière de son amant et va exercer sur lui une violente tyrannie. Pour ce personnage, l'ambiguité est inverse par rapport aux autres personnages. De victime, elle devient fléau et donc démone, elle peut apparaître comme une "contre-Nana", en ce sens. La seule issue pour toutes ces femmes étant la mort.
14:01 Ecrit par Nadja dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : femmes, livres, films, cinéma
mardi, 14 avril 2009
L'Etranger de Nadja
Lorsque ma langue glisse sur mes dents, je les sens lisses: je viens de me les laver. Mes yeux sont collés. Je n'entends presque plus l'eau de la pluie qui ruisselle contre le carreau de ma chambre. Il y a des petits points rouges sur un écran noir derrière mes paupières. Je pose sur la table de chevet mon bouquin corné à la page cent vingt deux. J'appuie mes joues contre celles de l'oreiller. J'aurais bien aimé que la femme à la terrasse du Café Soufflot appuie ses joues sur mon oreiller. Mais elle me ferait sans doute remarqué à quel point il s'effiloche.
Cette femme aux yeux de fougère m'a regardé, il y a quelques heures, comme on regarde une patisserie quand on est au régime: avec une grande envie dissimulée sous les traits du dédain. J'avais eu envie de faire demi tour, de la prendre dans mes bras, de lui dire que je ne fais pas grossir et enfin de la promener au Luxembourg, tout fier, comme on promène un lévrier afgan en laisse. Mais, comme chaque fois qu'une femme pose son regard sur moi, j'ai continué à marcher.
A présent, dans mon lit, j'y repense.
Je devrais aller m'acheter un autre pantalon pour remplacer le mien. Il est trop usé. Peut-être que Mademoiselle Mathin pourrait m'accompagner. Je l'emmenerais au jardin du Luxembourg. Elle m'apporte toujours le courrier gentiment,mais elle reste sur le pas de la porte. A chaque fois, elle a des petites phrases en réserve pour moi.
L'horloge accrochée au mur indique trois heures. Je dois compter dix- sept minutes en plus environ pour avoir l'heure exacte.
J'entends Monsieur Garand tousser. C'est le voisin du palier gauche. La dame qui s'occupe de lui est partie à 22h03. Peut-être que Monsieur Garand regarde l'heure, lui aussi. Il n'a sans doute pas envie qu'il soit si tard à sa montre, ou si tôt. Il tousse. Je m'attends toujours à ce que Mademoiselle Mathin m'annonce un matin que les poumons de Monsieur Garand lui étaient sortis par la bouche. Mais non. Elle me dit souvent qu'elle le trouve très courageux, parce qu'il tient bon.
De mon lit, je ne peux pas sentir l'odeur de cet homme, juste entendre ses soupirs, ses râles, ses quintes de toux, ses pleurs parfois. Quand j'ai envie de vomir, je respire par le nez. L'odeur est toujours perceptible, qu'elle soit réelle ou non.
J'ai envie d'acheter une télévision à Monsieur Garand, pour qu'il ne vive plus ses nuits comme un bagne. Ce sont les mots de Mademoiselle Mathin. Elle dit que son bagne, c'est son propre corps malade. Mais je ne suis pas riche. Et il faudrait que je m'achète aussi une télévision si je l'étais.
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10:58 Ecrit par Nadja dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : paris, jardin, argent, littérature
jeudi, 09 avril 2009
Pensée d'avril
Les Fleurs du Mal m'attirent et conspirent à me nuire.
Toutes, comme un seul bouquet de fleurs coupées,
de Cadavres exquis, vont m'étreindre, m'endormir
M'étouffer.
Phèdre, Lilith et toute la clique dans un immense baiser.
11:23 Ecrit par Nadja dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
jeudi, 02 avril 2009
Nadja dans le métro
Cinquante sept secondes. TOP. Le métro venait d'arriver à Denfert-Rochereau en cinquante sept secondes depuis la dernière station. Les gens autour de moi n'osaient pas tellement regarder dans ma direction. Ils jetaient des coups d'oeil discrets. Ils avaient tous les lèvres pincées et un petit air gêné et embarassé d'être ici, scrutant l'affiche qui montrait la ligne de métro, comme si leur unique but était de l'apprendre par coeur.
Une vieille dame était assise à coté de moi, un peu forte, elle portait une robe grise. Ses bras avait la taille de mes mollets. C'était elle qui provoquait la réaction de tout le wagon. Elle avait posé sur ses genoux un sac rempli de louches. Cette vieille femme était déjà là quand je suis montée dans le train. Depuis déjà pas mal de temps, elle s'amusait à les casser. Oui, elle essayait tant bien que mal à rompre les ustensiles de cuisine. Quand elle n'y parvenait pas, elle les tordaient dans tous les sens en grommelant "Satanés de bons à rien, je vais vous tordre le cou, moi, avec vos histoires!". Cette femme ne paraissait pas remarquer qu'autour d'elle, si les gens ne s'inquiétaient pas, ils riaient nerveusement dans leurs écharpes.
C'est à ce moment-là que je vis la pancarte indiquant MONTPARNASSE. Je me levai de mon strapontin. A regret, oui, car j'aurais aimé avoir la clef de ce mystère. Je suis sortie du métro, en me retournant une dernière fois, juste à temps pour voir la vieille dame, derrière la vitre quasiment opaque, pleurer.
15:44 Ecrit par Nadja dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : métro, littérature
mercredi, 25 mars 2009
Explosion broutille
Je suis restée assise sur les marches pendant un certain temps. Vous dire exactement, impossible. Le temps ne passait plus ou bien trop vite. La nouvelle était à peine croyable. Il n'existait plus. Que dans mes rêves, mes cauchemards, mes moments où je suis seule et que je peux penser à lui.
IL N'EXISTAIT PLUS.
Bouclettes aux yeux de serpent, versant son venin dans ma gorge. VENIN.
Je suis restée assise sur les marches, un peu en hauteur, je l'ai vu sortir. Juste avant. Juste avant de voir le big BANG. Entendre. Voir encore. Sentir cette odeur de cramé. Tout avait explosé. Tout n'était plus que ruine. Il était parti, laissant les bouts de son corps aux quatre coins du couloir, de la galerie Richelieu de la Sorbonne. Mais moi, je suis restée là, sur les marches, un peu en hauteur, la tête entre deux barreaux, pour mieux voir l'explosion.
Je me souviendrai de lui avec beaucoup de précision, je pense. Un jour, il m'avait laissée tomber. C'était un soir, il était très tard, il m'avait donné rendez-vous en banlieue, et m'avait dit qu'il ne pouvait pas ouvrir la porte. M'avait laissée, criminellement. Alors, l'explosion dans la galerie, à coté de ça, de ce qu'il m'avait fait, c'était une broutille. Comme j'ai pleuré ce soir là, comme je l'aimais encore après tout ça, comme une débile et une bonne poire. Comme j'en ai pleuré, oui, obligée d'appeler un ami pour qu'il m'héberge à Vincennes, car je n'avais nulle part où dormir. Oui, à coté de tout ça, c'était une broutille, une brindille, un grain de sable.
J'étais sure qu'il me quitterait dans l'escalier de la Sorbonne, et j'étais sure aussi qu'il passerait par cette porte pour accèder au couloir.
Il m'avait laissée un jour, criminellement. Mais, à l'heure où je vous écris, TOUT est rétabli.
14:14 Ecrit par Nadja dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, sorbonne, richelieu, escaliers
lundi, 16 mars 2009
L'étranger de la ligne 87
Il est monté dans le bus. Mon premier et seul réflexe a été de détourner la tête pour pas qu’il me voit. Il me dérangeait à monter dans MON bus, à côtoyer, à flirter avec ma vie nouvelle. C’est comme si la bulle d’espace avait retrouvé celle du temps, l’espace d’un moment pour s’éteindre, former un anneau étroit et me serrer à la gorge.
Il est monté et m’a frôlée. Moi, comme d’habitude, je suis assise à l’avant pour composter rapidement si jamais ces foutus contôleurs de la RATP se pointent. Il m’a frôlée, mais ne m’a pas vue, ou peut-être a-t-il fait semblant de ne pas me voir. Comme moi. Peut être était-il dérangé aussi de me voir, n’avait rien à me dire, ne voulait rien me dire de sa vie d’aujourd’hui. Travaille-t-il à présent? Je me souviens de sa guitare et de son envie de devenir luthier. Est-il devenu luthier? Je me souviens de Madame V., notre professeur de littérature qui passait son temps à se moquer de lui, elle l’aimait bien cependant. Et Madame B, notre professeur de philosophie que je soupçonnais de sortir avec lui en cachette. Il en a eu des conquêtes, je me souviens. Et j’aurais sans doute aimé en faire partie, mais je n’étais pas assez bien, assez grande, assez sociable à cette époque. J’étais la-petite-sensible-qui-chante-bien-mais-sans-rythme. Le rythme! Me disait-il, fais attention à ton rythme! Mais je n’ai jamais pu être accompagnée par sa guitare. Il a renoncé.
Il est monté dans le bus. Je me suis retournée et j’ai fait comme si je regardais une affiche à coté de lui, j‘avais peut-être envie qu‘il me voit, qu‘il voit que je ne suis plus la ratée d‘autrefois et que je suis devenue une vraie femme. Je l’ai vu accoudé à une barre métallique dans le fond. Il regardait le paysage défiler à la grande fenêtre. C’était bien lui, toujours un peu rêveur. Comme moi. Je suis sûre qu’il aime Barbara, au moins autant que moi.
A force de vouloir attirer son attention, malgré tout, rien ne s’est passé.
Il est descendu du bus.
Les deux bulles, celle du temps et celle de l’espace, se sont séparées pour me laisser un peu respirer. Il est descendu rue Monge, avec une grande pochette sous le bras. C’est un artiste, encore, très certainement. Je l’ai regardé s’éloigner.
J’aurais peut-être aimé mourir étranglée tout compte fait.
11:13 Ecrit par Nadja dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, nouvelle, bus, temps, espace
lundi, 02 mars 2009
Cadenas
Nous, on a allumé toutes les lumières à l’intérieur pour pouvoir voir ce qu’on écrit et ce qu’on fait. Nous sommes au début du mois de mars, il fait très beau, mais rien ne semble transpercer la vitrine quasiment opaque de poussière. J’ai un peu mal aux yeux. Je n’ai pas grand-chose à faire. ON m'a mise contre la vitre, avec un vieux radiateur à mes pieds, pour que j'ai moins froid. C'est la première fois qu'il reste éteins depuis que je suis là. Un enfant et sa mère passe dans la rue, son à peine audible, comme si j’étais sous l’eau.
Oui, comme si j’étais sous l’eau. Comme si j'étais sous l'eau.
Autour de moi, on s'agite. Je m'agite aussi d'habitude, mais là, j'ai envie de faire la planche flottante, les bras et les jambes écartés dans une piscine.
Je repense à l’hiver. Je ne m’étendrai pas sur le sujet. Je ne parlerai pas de cet hiver.
Tout tourne pourtant autour de l’hiver.
Printemps, Eté, Automne, HIVER.
C’est comme une mort certaine. Ma première petite mort fut en hiver. Je m’en souviens très bien de cette fois là, car je regardais un aquarium, juste avant. Comme si j’étais déjà sous l’eau.
J’ai l’impression d’avoir fait le tour, que le cycle est fini, que les saisons vont cesser d'exister pour n’être qu'un grand hiver. C’est en hiver qu’on est pressé de rentrer chez soi le soir pour se réfugier sous sa couette. J’ai envie de ça tous les matins en me levant.
Envie d’être à tes cotés toute la journée, de te voir dormir, de pouvoir t’entendre dormir, c’est si rare. De temps en temps, j’arrive à percevoir cette faible respiration, mais ça ne dure pas, et l’anxiété renvient à la charge.
C'est aussi en hiver que les idées et le talent touchent à leur fin, c'est en hiver que les mots qu'on voudrait voler, qu'on voudrait tant coucher sur le papier, restent tranquillement de leur tanière alphabétique.
J’ai l’impression de m’adoucir, de me courber, de me laisser bercer par un bonheur tranquille, sans vague et solide. Alors ma prose pue, sent la niaiserie. Pardon, lecteur.
C’est comme un cadenas recouvert d’une couche épaisse de neige, froide à te geler le cerveau.
17:06 Ecrit par Nadja dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : neige, hiver, travail, aquarium, litterature
lundi, 23 février 2009
chez le fleuriste (suite)
Comme convenu, les amis, je vous livre la suite de l'épisode "chez le fleuriste", note du 17 février 2009. Je suis un peu triste, toutefois, que cette mini nouvelle n'ait pas fait couler plus d'encre que cela... J'avais tellement envie de lire la suite que vous auriez imaginée. Mais ce n'est pas trop tard! Vous pouvez encore participer!
..... Une femme pourtant les regardait avec une très grande attention.
Quand Bruno la dépassa, il entendit:
_ Plutôt jolie.
Il se retourna.
_ Je vous demande pardon?
_De quoi pensez-vous que je parle? (elle pouffa, l‘air satisfait), de l’orchidée bien sur. C’est bien, un homme qui pense à l’orchidée. C’est tellement rare. J’ai l’impression qu’il croit tous que les fleurs se limitent à la rose. Pathétique.
_Oui, je me suis dit que ce serait plus original.
_ Votre petite amie sera contente, j’en suis sure. C’est bien pour votre petite amie, n’est ce pas?
_ (surpris) Ma petite amie?
_ Vous ne portez pas d’alliance, mais vous portez une orchidée dans vos bras, vous marchez d’un pas pressé, j’en déduis que vous n’êtes pas marié et que c’est avec votre petite amie que vous avez rendez-vous…
_ Non.
_Vous n’avez pas de petite amie? Pardonnez mon incorrection, je suis très curieuse. Ne répondez pas à toutes mes questions, elles peuvent être très indiscrètes.
Il ne répondit pas et sourit.
_ Pourquoi vous intéressez-vous à ces livres?
_ Je cherche un sujet de thèse et je me dis que toute source d’inspiration est bonne à prendre, même si je pense que ces livres sont beaucoup trop chers pour moi et pour ce qu’ils valent vraiment.
_ Tout à fait d‘accord. Enfin, je suis d’accord qu’ils sont trop chers pour leur véritable valeur, je me le suis toujours dit.
_ Ah donc, vous êtes du quartier?
_ Non, je n’habite pas ici, mais j’ai une amie qui y habite et je lui rend souvent visite.
_Dites moi, je ne connais pas tous les cafés du boulevard, que dites-vous d’aller boire un verre à l’Indiana? Je ne l’ai encore jamais essayé.
_Ah! Alors, vous avez l’habitude d’interpeller les hommes aux orchidées pour vous faire offrir des cafés?
Ils rirent tous les deux.
Ils se mirent en route. Elle alluma une cigarette, il en fit de même. Tant pis pour l’odeur. Il était déjà 16h15. Tant pis pour le English tea hour. Ce sera peut être pour une prochaine fois. Ou peut être pas.
17:17 Ecrit par Nadja dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fleur, littérature, café, montparnasse
vendredi, 20 février 2009
Nadja
"La beauté sera convulsive, ou ne sera pas"
André Breton
14:18 Ecrit par Nadja dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : surréalisme, beauté, livre, littérature
mardi, 17 février 2009
Chez le fleuriste
Pffffff… Métro Vavin. 198, Boulevard Montparnasse à 16 heures pour le « English tea hour. »
Présentations officielles.
Il a toujours eu horreur de cela, mais Catherine a insisté. Très insistante sa Catherine. Pour tout. C’est toujours elle qui tenait à sortir au cinéma le vendredi soir alors qu’il y avait de bons films à la télévision. Toujours elle qui insistait pour mettre les verres dans un placard différent de celui des assiettes. « Les femmes! », se disait-il. Quoiqu’il en soit, il devait se magner chez le fleuriste avant 16h. Rue Vavin, il y en avait un, il le savait. Ca tombait bien, son affaire.
Il avait tenté de lui faire comprendre, à Catherine, que connaître sa famille lui faisait très plaisir mais que le coté "présentation officielle" autour d’un thé anglais l’emmerdait profondément. Il savait très bien comment tout cela allait se passer. Devant la porte d’entrée, troisième étage, pallier de gauche, en sortant de l’ascenseur, il aurait déjà le front ruisselant et la tache incontournable sous les aisselles. Il est vrai que les parents de Catherine le terrifiaient quelque peu. Leur coté traditionaliste le mettait mal à l’aise, et cela sans vraiment les connaître, sans les avoir rencontré en personne. Cette idée de thé au lieu d’un simple dîner, ou d’un déjeuner ou encore d’une exposition au musée d’Orsay!
« Bruno, notre fille nous a parlé de votre métier. Alors comme ça, vous travaillez avec Alexandre des… comment déjà Catherine? Desplat? Ah oui, c’est ça. Oui, de la musique de film. C’est bien ça?
_ oui, c’est ça. C’est une véritable vocation pour moi (ouf une phrase de casé)
_le problème de ce genre de métier est la précarité n’est-ce-paaas?
_Oui… le tout est de se frayer un chemin, c‘est un milieu de requins, mais une fois qu‘on y est, on y reste et le nom devient en lui-même une carte de visite.
Ce discours là, il l’avait fait à ses propres parents, il le connaissait par cœur. Combien de fois à table, il avait fallu les convaincre que travailler dans le cinéma n’était pas synonyme de mort sociale? Ça allait être difficile, avec les parents de Catherine, il le savait. Son métier ne serait pas tout de suite accepté. Il s’y était préparé. Mais il se répétait aussi que le principal était quand même Catherine, son choix et son attachement et non le reste. C’est aussi ce qu’elle même lui répétait. Et oui, elle était attachée à lui, et oui, il était attaché à elle. En gros, tout allait bien. Si tout continuait à aller aussi bien, ils avaient même prévu de se marier. Pas tout de suite mais pas trop tard non plus. Et puis, pour des raisons fiscales, le mariage, c’est toujours mieux. il ne comprenait d’ailleurs pas leurs voisins qui, au bout de quinze ans de concubinage, ne s’étaient toujours pas mariés, alors qu’ils ne roulaient pas vraiment sur l’or et qu'ils avaient beaucoup d'enfants.
Trêve de digressions.
Pour le moment, sa mission était de trouver les bonnes fleurs. Les femmes, elles, connaissaient le langage des fleurs. Et ça, c‘était chiant. Il fallait donc faire très attention à ne pas envoyer un mauvais message à sa potentielle future belle mère. Il avait entendu dire que les roses jaunes étaient un symbole d’amitié. Mais il ne voulait pas qu’elle pense cela. Elle prendrait sans doute cela pour un manque de respect. Les roses rouges ne vont pas non plus, elles représentent la passion. Il fallait penser à autre chose. Pourquoi des roses après tout? Il y a d’autres fleurs, on l’oublie trop souvent. Heureusement que la fleuriste avait l’air gentil, elle allait pouvoir le conseiller.
Pourquoi pas un bouquet de mimosa? Le message était celui de la sécurité, pour rassurer madame, c’était quand même l’idéal. Un bouquet « malgré mon boulot je suis équilibré et stable et je ne me drogue pas », un bouquet qui parlait à sa place, ce n’était pas rien.
Pourquoi pas une plante? Original. Et l’avantage était que ça restait. Il avait pensé aussi à une orchidée, mais c’était peut être trop pour un simple « english tea hour » . Simple? Après tout, il n’en savait rien. Et puis qu’est ce qui était trop pour un « simple » English Tea Hour? Il ne savait absolument pas combien ils seraient. Il y aurait peut être toute la famille. Cousins, cousines, petit frère. Celui-là, il savait comment se le mettre dans la poche. Catherine lui avait dit qu’il était fan de cinéma. Il lui suffirait de lui dire qu’il connaissait plein d’acteurs. Tout en exagérant un peu. Allons pour l’orchidée. La fleuriste était d’accord aussi, il hésita quand même à cause de la forme clitoridienne de la fleur. Si la mère était un peu tordue (ce qui est parfois le cas chez les bourgeois bien coincés), elle y verrait là un signe d’activité sexuelle intense entre lui et sa fille. Or, elle la croit peut être encore vierge! Si elle savait la pauvre femme! Cependant, l’orchidée rappelait très bien les formes et les désirs d’une femme, ce qui pourrait faire de lui le gendre idéal et attentionné comblant les attentes de Catherine. Va pour l’orchidée!
Emballé, c’est pesé. A présent, il ne lui restait plus qu’à trouver le numéro de l’immeuble. Il lui semblait que c’était plus près de l’hippopotamus que de la tour. Il ne connaissait pas très bien le quartier. Lui, c’était plus rive droite. Et puis, il habitait Paris depuis peu. Il avait rencontré Catherine grâce à un site de rencontre sur internet. A cette époque, il était encore à Avignon. Puis, il avait été envoyé à Paris pour quelques tournages et en avait profité pour lui proposer un rendez vous. Et hop! D’une pierre deux coups. Ça a été presque automatique. Ils se sont vus plusieurs fois, dans des cafés, jardins, et cinéma. Puis, elle lui avait proposé de monter un soir. Ce qu’il avait attendu, bien évidemment avec une impatience dissimulée. Ils avaient passé la nuit ensemble et avaient convenu de vivre dans le même appartement. Pour des raisons pratiques en premier lieu. En effet cela évitait les transports, gain de temps et gain de pêche.
Quoiqu il en soit, il était déjà 15h53 à sa montre et il ne fallait pas tarder. Il passa devant une boutique de livres anciens. Des étalages à l’extérieur confirmaient que c’était la fameuse librairie de livres « beaucoup trop chers pour ce qu’ils valent vraiment » dont lui avait parlé sa Catherine.
Une femme pourtant les regardait avec une très grande attention................................................
Chers lecteurs, l'histoire n'est pas finie bien sur, à vous de la terminer si vous le désirez en cliquant juste en dessous sur "Commentaires"!
J'espère que vous ferez preuve d'inventivité, mais je n'en doute pas! Tous à vos plumes!
17:53 Ecrit par Nadja dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : métro, fleuriste, littérature, nouvelle